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Olinda : la folie du carnaval !
Par Hugues Derouard

Tout le monde connaît le carnaval de Rio mais saviez-vous que le carnaval le plus populaire du Brésil – et peut-être le plus authentique, pour employer un mot galvaudé – se déroule dans la région du Pernambouc ?
Nous vous emmenons à Olinda, petite ville juste au nord de Recife, pour découvrir le frevo et le maracatu, deux spécificités carnavalesques riches en histoire... et hautes en couleurs !

Au moment du carnaval, chaque mois de février, la ville d’Olinda et sa voisine, la grande ville de Recife, s’animent plus qu’habituellement.
Depuis les années 1970, les deux proches communes du Nordeste (dans le Pernambouc) se sont en effet associées pour donner encore un peu plus d’ampleur aux réjouissances : les danseurs et musiciens du carnaval de Recife (1,5 million de personnes !) défilent ainsi également dans les rues d’Olinda.

Olinda, l’écrin colonial de défilés endiablés

A Olinda, la magie du carnaval est peut-être encore plus spectaculaire, du fait de la beauté du cadre, plus intime.
Fondé en 1517, ce joyau colonial est l’une des plus anciennes villes du Brésil et probablement l’une des plus belles : Olinda se dresse, superbe, sur une colline dominant Recife et l’océan.
Ses ruelles étroites et sinueuses sont bordées d’adorables petites maisons colorées et d’une multitude d’églises pleines de charme. C’est dans ce décor extraordinaire que défilent les "blocos", groupes carnavalesques qui ont chacun leur rituel, leur étendard, leur hymne, leur rythmes et leurs danseurs ....
Dans les ruelles d’Olinda, noires de monde, toute une joyeuse troupe accompagne les marionnettes géantes de papier mâché (bonecos) emblématiques de ce carnaval.

Surtout, ici, à Olinda, on est spectateur certes, mais aussi acteur : tout le monde est convié à faire la fête, sans arrière-pensées mercantiles... Précision utile : tous les spectacles sont gratuits ! Et s’y mélangent, dans des costumes plus exotiques les uns que les autres, jeunes et moins jeunes, le plus souvent dans une ambiance très bon enfant – on vient en famille ou entre amis.
Traditionnellement, on y déguste brochettes de viande et caïpirinha, le cocktail typique brésilien, à base de cachaça, citron vert et sucre de canne. Une blogueuse française témoigne, conquise, de son expérience carnavalesque à Olinda : "Ici, l’ambiance est aussi toute autre, complètement incroyable ! Je n’avais jamais vu ça avant. La foule est dense, si dense que l’on est en corps à corps avec tout le monde. Nous ne sommes plus un individu dans la foule, mais nous sommes la foule elle-même. Impossible de doubler, de s’arrêter, on suit le mouvement."

Sur le rythmes du frevo

Dans chaque quartier, les musiciens jouent jusqu’au bout de la nuit. Tandis que l’orchestre joue des instruments à cuivre (trompette, tubas, trombone voire saxophone...), rythmés par les battements d’une caisse claire et d’un surdo, les danseurs de chaque bloco improvisent une chorégraphie acrobatique quasi endiablée, une ombrelle à la main pour trouver l’équilibre (et jadis pour se protéger des attaques des bandes rivales).
Pas de samba, à Olinda : on danse le fameux "frevo", dont le nom vient du verbe "ferver", qui signifie ... "bouillir" !
Cette expression artistique, qui prend ses sources dans les marches et fanfares militaires, est née à la fin du XIXe siècle, dans un contexte de bouleversement social, peu de temps après l’abolition de l’esclavage au Brésil. Les premiers clubs clandestins sont apparus dès la fin des années 1880 dans le quartier portuaire de Recife.
L’Unesco a inscrit en 2002 cette tradition sur sa liste du patrimoine mondial : "Son rythme vif, frénétique et vigoureux s’inspire de la fusion de genres musicaux tels que la marche, le tango brésilien, le quadrille, la polka et des morceaux du répertoire classique, joués par des formations de musique militaire et des fanfares. La musique est essentiellement urbaine et, comme la danse qui l’accompagne, le "passo", elle est entraînante et subversive. La danse doit son origine au talent et à l’agilité des lutteurs de capoeira qui improvisent des sauts, au son électrifié des orchestres et fanfares métal."

Le carnaval d’Olinda ne peut en effet s’appréhender sans comprendre l’histoire de la région. Remontons au XVI ème siècle, à l’époque de l’esclavagisme : les esclaves ont influencé la culture, les traditions et les musiques du Nordeste du Brésil, comme en témoigne la tradition du Maracatu Nação (nations), spécifique à la région et encore bien vivante de nos jours.

La tradition du maracatu

Le maracatu est un style de musique joué généralement par un cortège de tambours (batuque, ensemble de percussions). Il remonte à l’époque où les esclaves se regroupaient en Nações (nations), selon leur pays d’origine. Les seigneurs portugais leur avaient laissé la "liberté" de choisir un leader dans chaque groupe. Les groupes défilaient, le jour de Nossa Senhora do Rosário dos Homens Pretos (Notre Dame du Rosaire des Hommes Noirs), en forme de cortège pour honorer leur leader.
Rois, reines, princesses, bouffons... Une véritable parodie de la cour portugaise. Chaque groupe porte – aujourd’hui encore - la calunga, une poupée de cire et de bois censée protéger spirituellement chaque cortège. Après la fin de l’esclavage (officiellement en 1888), certains groupes ont continué d’exister et de défiler, notamment pendant le carnaval. L’un des plus anciens est le Maracatu Elefant : son origine remonte à l’année 1800 !

L’hommage le plus émouvant réservé à la mémoire des esclaves africains se tient le lundi, avec la "nuit de tambours silencieux" (Noite dos Tambores Silenciosos) sur le parvis des églises (point de rassemblement principal : l’église "Igreja do Terço", dans le quartier São José de Recife). A minuit, les tambours s’arrêtent soudainement pour laisser place au silence, avant que des chants ne résonnent en l’honneur de "Nossa Senhora do Rosário", la Sainte des Noirs, et des esclaves morts, souvent en prison.
La nuit est ensuite rythmée par le son des tambours et des atabaques (un instrument de percussion d’origine africaine et emblématique du Nordeste brésilien.)

Notons également que, quinze jours avant le grand carnaval d’Olinda, se tient une grande parade réunissant environ 200.000 personnes : celle des Virgens do Bairro Novo de Olinda. Quelques 400 "nouvelles Vierges" – des travestis, en fait– défilent. A l’issue de cette cérémonie, on élit les plus belles ! Un spectacle à ne pas manquer.

NB : Vu le nombre de visiteurs présents lors des carnavals du Pernambouc, il est impératif de réserver votre séjour à cette période ! Contactez-nous !

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