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Les cangaçeiros, Robins des Bois brésiliens ?
Par Sergio Soliz

Lampiao et sa bande
"Ils n’élevaient pas leurs enfants, ils n’enterraient pas leurs parents. Conscients que la mort est la seule chose sûre dans la vie, ils vivaient sur leurs chevaux, coiffés de grands chapeaux, des cartouchières en bandoulière et des ornementations partout. Insoumis et gentils, paysans insurgés, hors-la-loi [1].
Le patron était leur ennemi, l’Etat était leur ennemi, l’Eglise était leur ennemie, les milices étaient leur ennemi. Les cangaçeiros, dignes jusqu’à leur décès, n’ont jamais baissé la tête et c’est pourquoi celle-ci leur a été coupée comme symbole évident du respect qu’on devait avoir pour le pouvoir".

D’après le blog de Cartago. Bitácora de los tiempos de guerra.

Immense pays aux contrastes marqués, le Brésil possède des histoires admirables et surprenantes. Celle des cangaçeiros, célèbres bandits du Nord-Est brésilien qui ont vécu entre 1870 et 1940 dans la zone appelée le sertão, n’est pas une exception.

Endroit hostile, planté partout d’épineux, avec des rochers escarpés dans les parties les plus hautes et une chaleur étouffante dans la plaine, cette zone d’accès difficile a été le refuge parfait pour ce groupe important de délinquants communs, dissidents et marginaux qui avaient fait du banditisme leur profession.

Sicaires engagés pour exercer la loi du plus fort, les cangaçeiros fonctionnaient comme de petites armées privées payées par les propriétaires terriens pour défendre leurs familles et leurs fazendas (exploitations agricoles), ou effectuer un "règlement de comptes".

Pourtant, les cangaçeiros n’obéissaient à des ordres que de manière occasionnelle et passaient souvent d’une cause à l’autre ne répondant qu’à la puissante loi de l’offre et de la demande, en vendant leur âme au diable.

Parmi les cangaçeiros, souvent issus de familles très pauvres dans cette région caractérisée par les abus des propriétaires terriens qui exploitaient sans vergogne la main d’œuvre, il y eut des meneurs pour porter des revendications sociales.
Ceci expliquerait les versions les plus poétiques qui comparent les cangaçeiros à des Robin des Bois locaux qui volaient les plus riches pour distribuer aux plus pauvres.
A ce titre, les cangaceiros ont été (et restent) une source d’inspiration pour la littérature [2] et le cinéma.

Cavaliers émérites et tireurs expérimentés, les cangaçeiros connaissaient leur territoire comme personne et surent exploiter la géographie du sertão comme arme stratégique : ils disposaient de caches pour entreposer armes, eau et nourriture, et les itinéraires de fuite n’avaient pas de secret pour eux.
Ils connaissaient aussi les bienfaits des plantes médicinales de la région et ils les employaient à bon escient : vital, lorsqu’on n’a pas accès aux médicaments.

Lampião : musicien, poète et cangaçeiro

Virgulino Ferreira da Silva, mieux connu sous le nom de Lampião, était le chef le plus populaire de ces groupes de brigands. Sa renommée est due, entre autres, au fait d’avoir échappé à la traque policière durant presque deux décennies.

Troisième fils d’une famille de neuf enfants, il apprit les rudiments de la lecture et de l’écriture et gagna sa vie en transportant des marchandises à dos d’âne. Virgulino Ferreira était un mulâtre maigre et il portait des lunettes qui lui donnaient un air de poète plus que de criminel.
Il devint cangaçeiro pour venger le meurtre de son père qui avait été commandité par la famille Nogueira.

Il commença par se joindre à la célèbre bande de Sinho Pereira mais assez vite il décida de former sa propre bande où il se fit appeler Lampião (lampe en portugais) en faisant référence aux décharges lumineuses que lançait son vieux Mauser lorsqu’il tirait, ce fusil béni par le Padre Cícero, le "Messie de Juazeiro" [3].

Lors d’une interview, Lampião déclara que, n’ayant pas confiance en la justice, il avait décidé de la rendre lui-même.

Il avait orné son chapeau d’étoiles et de médaillons d’or, noué à son cou un mouchoir de soie rouge, mis des sacoches de voyageur en bandoulière et cousu sur les poignets de sa veste des galons de capitaine.

Lampião est ainsi devenu le plus poétique des délinquants et a été le roi du sertão pendant presque vingt ans, prenant part à plus de deux cents combats contre les régiments de la police.

Lampião a aussi introduit dans le cangaço la tradition de la musique. Il jouait de l’accordéon à huit basses et de la guitare, et on raconte qu’il enseignait à ses hommes à lire en utilisant les chansons qu’il composait.

Il aurait aussi composé la chanson « Mulher rendeira » en honneur à sa grand-mère, et en aurait fait un hymne de bataille que ses 50 hommes chantaient à tue-tête lorsqu’ils prirent, en 1922, la ville de Mossoró, dans le Rio Grande du Nord.

Selon Luís da Câmara Cascudo, historien et anthropologue, Lampião, était aussi compositeur, danseur, créateur et promoteur du xaxado, un rythme du Nord-Est qui imite le son des espadrilles sur le sol empierré sec et brûlant des chemins du sertão.

D’après lui, avant Lampião, "il n’y avait pas de musique dans le cangaço. Il n’y avait pas en réalité de cangaço socialement parlant, seulement des groupes de cangaçeiros. Lampião a créé un style de musique populaire et un langage qui arrivait à tous de manière naturelle. Il était un lyrique qui s’émerveillait en contemplant des scènes de la nature, d’une fleur, de l’odeur de la terre mouillée ; des choses les plus simples et pures de la nature."

La fin des cangaçeiros

Après la révolution survenue au Brésil en 1930, le régime de Getúlio Vargas, sachant que l’existence des cangaçeiros pourrait être une menace pour l’autorité centrale, a mis en place une répression policière et militaire féroce contre eux.

Ainsi, au début des années 40, la presque totalité des cangaçeiros avaient été capturés ou mis à mort. Lors d’une des dernières missions exterminatrices, la police de Pernambuco réussit finalement à tuer Lampião, "le Christ du sertão", sa femme María Bonita, et neuf autre cangaçeiros qui l’accompagnaient ce jour fatidique.

Les soldats du régiment défigurèrent ensuite Lampião à coups de crosse de fusil et coupèrent la tête à toutes les victimes.

Une exposition aussi macabre qu’exemplaire fut réalisée, montrant ces onze têtes humaines avec leurs armes et leurs cartouchières, d’abord sur la place publique, et ensuite dans le Musée Nina Rodrigues, pendant plusieurs années, à Salvador de Bahía. On ne joue pas avec le pouvoir.

Retrouvez notre circuit : "Le Sertão et les indiens Potiguaras" qui allie découverte des paysages du sertão et rencontre avec les indiens Potiguara.

 

Notes
1 Notamment pour la littérature "de cordel", littéralement littérature de corde : des livrets de petites tailles imprimés par le procédé de xylogravure, puis mis à sécher sur des cordelettes. Cette forme de littérature est propre au Nordeste, où elle est très répandue.

2 Homme d’église charismatique, le Père Cícero exerça une grande influence sur la vie politique et sociale du Ceará à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.
Considéré comme un père des pauvres, il incita notamment les paysans à ne pas payer d’impôts à l’Etat.
Une immense statue à son éffigie trône à Juazeiro do Norte, son fief, où des pélerins viennent encore par milliers chaque année pour lui rendre hommage et lui demander d’intercéder en leur faveur.

EN SAVOIR PLUS :
Le 19 juin 2014 disparaissait le dernier Cangaçeiros : José Alves de Matos - découvrez l’article à son sujet

<p>Affiche de film cangaçeiros</p>

<p>Corisco - cangaçeiro légendaire</p>

<p>Cangaçeiros dans la littérature de cordel</p>

<p>Maria Bonita Lampiao</p>

<p>Maria Bonita Lampiao</p>

<p>Lampiao, Christ du Sertao</p>

<p>Exposition des têtes de la bande de lampiao</p>