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FREVO ET FORRÓ : Les rythmes du nordeste
Par Hugues Derouard

Le frevo

Caractéristique de l’Etat du Pernambouc et plus particulièrement de la ville de Récife (Nordeste), le frevo est une musique et une danse de carnaval pour le moins acrobatique. Tandis que l’orchestre joue des instruments à cuivre (trompette, tubas, trombone voire saxophone...), rythmés par les battements rapides d’une caisse claire et d’un surdo, les danseurs improvisent une chorégraphie quasi endiablée. Frevo vient d’ailleurs du verbe « ferver »,qui signifie « bouillir »...

La danse du frevo - qu’on le appelle le « passo » - est plutôt individuelle. Elle se reconnait notamment au parapluie porté par les danseurs. Qu’il soit rouge, vert, blanc ou multicolore, cet accessoire permet aujourd’hui avant tout aux « passistas » de trouver l’équilibre dans leurs sauts. Mais le parapluie, à l’origine, avait une fonction bien spécifique : on l’utilisait pour attaquer ou se protéger lors des bagarres entre différentes bandes de carnavals.

Une musique subversive

Cette expression artistique prend ses sources dans les marches et fanfares militaires, à la fin du XIXe siècle, dans un contexte de bouleversement social, peu de temps après l’abolition de l’esclavage au Brésil. C’est une forme de protestation sociale, née dans le quartier portuaire de Recife. Les premiers clubs clandestins sont apparus dès la fin des années 1880.

Le premier disque de frevo est enregistré en 1923, avec Maroca So Que Puxa, composé par Nelson Ferreira (1906-1976). Mais il faudra attendre 1958 pour que le frevo connaisse son premier grand succès à travers le Brésil grâce à Evocaçao n°1, écrite également par Nelson Ferreira.

Fusion musicale

Preuve de son importance culturelle, le frevo a été inscrit en 2012 par l’Unesco sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité. L’organisation expliquait ainsi son origine : « Son rythme vif, frénétique et vigoureux s’inspire de la fusion de genres musicaux tels que la marche, le tango brésilien, le quadrille, la polka et des morceaux du répertoire classique, joués par des formations de musique militaire et des fanfares. La musique est essentiellement urbaine et, comme la danse qui l’accompagne, le « passo », elle est entraînante et subversive. La danse doit son origine au talent et à l’agilité des lutteurs de capoeira qui improvisent des sauts, au son électrifié des orchestres et fanfares métal. »

A Recife (et dans la ville de Olinda), on estime à plus d’une centaine le nombre d’orchestres de frevo. La meilleure façon de découvrir cet art si singulier et festif, c’est d’assister au carnaval de Recife qui se tient chaque année en février. Avec 1 million de personnes dans les rues, c’est tout simplement le plus grand défilé carnavalesque du monde !

A noter que, dans le quartier portuaire de Recife, le Paço do Frevo – un musée dédié au Frevo – a été inauguré en 2014.

Voir : Un musée pour le frevo -Terra Brazil
Ecouter : Un orchestre de rue frevo Recife

Le forró

Si le forró est lui aussi originaire du Nordeste, il y a deux différences notables avec le frevo : c’est une musique avant tout rurale et une danse de couple.

La danse forró est, le plus souvent, assez simple, joyeuse et sensuelle : deux pas à gauche, deux pas à droite, par exemple. Emmené par le cavalier, le couple danse sur la musique d’un orchestre composé d’un accordéon (« sanfona »), d’un triangle, d’un zabumba (grosse caisse, tenue en bandoulière) ou encore quelquefois d’un tambourin (« pandeiro »). L’un des musiciens chante des textes qui restent très ancrés dans les traditions rurales du Sertao, cette région sèche et pauvre de l’intérieur des terres du Nordeste, où l’on vit surtout de l’élevage de bovins. « Le forró est une critique sociale en même temps qu’une musique de bal, avec ses ironies amoureuses, ses propos salaces et ses gestes suggestifs », écrit une journaliste du Monde. Il est « cousin de la poésie des repentistas, ces chanteurs de complaintes qui parcourent le Nordeste pour y improviser des vers en s’accompagnant d’une viola - guitare à cordes métalliques ».

Depuis plus d’un siècle, le forró, loin d’être du simple « folklore », est joué dans les carnavals mais également surtout au mois de juin durant les bals forró, qui ont lieu au moment de la Saint-Jean, dans chaque village du Nordeste.

Cette « poésie dansante » et populaire a peu à peu gagné tout le pays, parallèlement à l’immigration des habitants du Nordeste. Par exemple, les chauffeurs routiers l’ont amenée en Amazonie. Ceux qui ont été embauchés en usines ou sur les chantiers l’ont également importée dans les grandes villes de Sao Paulo ou de Brasilia, loin de ses terres âpres d’origine... Dans les années 1990 s’est même développé un « forró universitaire » dans les milieux étudiants. Il diffère du forró traditionnel (le « forró pé-de-serra », « au pied de la montagne ») par ses orchestrations plus complexes et l’ajout d’instruments modernes.

D’abord méprisé par les élites, le forró va connaître un grand succès national. Parmi les figures emblématiques qui ont popularisé ce genre musical, Luiz Gonzaga (1912-1989), roi du « baiao » (du nom d’un rythme binaire). Il a composé « Asa Branca », une chanson considérée comme un des hymnes majeurs du forró. Les paroles évoquent crûment le Nordeste : « Quel brasier, quelle fournaise/Pas un pied de plantation/Par manque d’eau/J’ai perdu mon troupeau/Mon alezan est mort de soif/Et même l’oiseau blanc est parti à tire d’ailes/Alors j’ai dit : Adieu Rosinha, garde mon cœur avec toi.. » Luiz Gonzaga chantait habillé en « vaqueiro », la tenue traditionnelle des gardiens de troupeaux. « Cette culture [du forró] avec ses bandits d’honneur (les cangaceiros), ses saints illuminés, ses féroces coroneis (les propriétaires fonciers), ses cohortes de retirantes (les familles de paysans s’exilant en ville), aura largement inspiré le cinéma Novo, la nouvelle vague brésilienne. »

Découvrez la musique de Luiz Gonzaga : Asa branca

<p>les ombrelles du frevo</p>

<p>frevo dans la rue</p>

<p>orchestre forro</p>

<p>festa forro</p>

<p>zabumba</p>

<p>baile forro</p>